Monsieur Théâtre 

Bonjour, je suis Vincent Bonnet, professeur de théâtre à Amsterdam pour les enfants et les adultes sous le nom de MonsieurThéâtre.nl. Je propose régulièrement des spectacles en français avec mes élèves ou avec Natacha, mon épouse, notamment les spectacles de marionnettes qui se produisent une fois par mois à la librairie française depuis maintenant 3 ans.

Fermetures en cascades des établissements

 Tout est allé très vite comme pour tout le monde. L’annonce de la fermeture des lieux de spectacles en France et aux Pays-Bas à grande capacité de public nous fit prendre conscience de la gravité de la situation. En deux jours il y a eu beaucoup d’absents aux cours pour enfants. Lors de notre dernier spectacle de marionnettes, le 14 mars, nous avons joué devant un petit public et nous avons quitté les lieux pour traverser Amsterdam quasi déserte.

Le soir même je me suis demandé si je devais continuer à animer les cours prévus. Je propose une activité de loisir et je me suis posé beaucoup de questions. Les gens ont besoin de divertissements mais le moment est peut-être mal choisi ? Est-ce responsable de ma part de demander à des gens de continuer à se réunir dans une salle de répétition ? Pourquoi demanderais-je aux élèves, aux parents et à moi-même de nous mettre en danger en faisant le trajet ? Que ce soit ma source de revenus commençait à ne plus être une raison suffisante, nous n’en étions déjà plus là. Le lendemain, la fermeture des établissements scolaires confirma ce que je pensais et j’ai annoncé à tout le monde l’arrêt momentané des cours le temps de trouver une solution.

Créatif.. sur le web

 Beaucoup de choses ont commencé à se faire sur internet. Je voyais mes collègues français très rapidement utiliser les réseaux sociaux pour divertir les gens. Des extraits de pièces de théâtre, des sketchs, des chansons, tout ça c’est possible mais des cours de théâtre ? Nous avions déjà des dates prévues pour des spectacles au mois de juin. Comment faire une mise en scène en ligne pour ces spectacles ?

 Et puis j’ai pensé à un de mes élèves qui était dans mes cours l’année dernière et qui est maintenant dans une école de théâtre à Paris. Nous travaillons encore ensemble au moins une fois par semaine malgré la distance depuis septembre dernier. Il m’a convaincu petit à petit que nous pouvions répéter par internet. Bien sûr on travaille au départ surtout le texte mais on a aussi réussi à avancer sur le jeu et la mise en scène. Grace à lui je me suis familiarisé depuis quelques mois avec cette technique. J’ai appris également à maîtriser l’outil que L’école de français a mis à la disposition de leurs profs. Et je me suis dit qu’il fallait tenter, que si je pouvais faire travailler un élève, je pouvais l’essayer pour un groupe. J’ai contacté les groupes un par un pour leur proposer cette solution. J’ai été très heureux des réactions et des encouragements. Les enfants se montraient contents de me voir, de me présenter leurs doudous, leurs jouets de me montrer leurs très nombreux dessins. Nous ne pouvons pas faire un cours en entier compte-tenu de leur âge et que tout ça fait tout de même beaucoup de temps sur les écrans. Alors nous faisons de petits rendez-vous individuels où nous travaillons de petits textes improvisés pour les plus petits ou les enfants qui ne maîtrisent pas la lecture en français, ou des monologues pour les plus grands.

Solidarité et passion commune

 Ma surprise vient surtout de l’enthousiasme de mes élèves adultes. Présents à l’heure, avançant sur l’apprentissage du texte, ils ont tous fait preuve de bonne humeur. Mon groupe du jeudi a même travaillé une chorégraphie prévue pour le spectacle. C’était très émouvant pour moi de les voir sur mon écran chacun s’entraîner dans leur salon ou dans leur chambre. Il n’y a eu que très peu d’absents et je garde le contact avec mes 29 comédiens adultes. Je crois que nous avions besoin de continuer et de penser à autre-chose. Même si nous nous connectons avec une baisse de moral, la bonne ambiance revient tout de suite et nous sommes heureux de nous revoir et de prendre des nouvelles les uns des autres.

 Nous ne savons pas si nous pourrons jouer nos spectacles au mois de juin. Les dates de 4 spectacles sont déjà prévues et les théâtres déjà loués. Pourront-ils ouvrir et nous accueillir ? Aurons-nous eu le temps de faire suffisamment de répétitions dans l’espace pour nous produire ? On verra… En tout cas, nous avons prévu une grande fête pour nos retrouvailles et en misant sur notre bonne santé, nous avons décidé que : show must go on même si c’est Under Pressure ; dès que possible, nous jouerons. En ce qui concerne les marionnettes, nous nous préparons à les proposer en ligne ou à faire de petits films. L’aventure continue.

  

Vincent Bonnet pour la French radio, Amsterdam