Frontières contrôlées

Les États membres, dont la Belgique, commencent leur déconfinement. Pourtant, leurs frontières restent fermées. N’oublions pas les habitants frontaliers.Les décisions prises par les états pour limiter la propagation du Covid-19 sont loin d’être faciles. Jamais la classe politique de notre génération n’a été confrontée à pareille situation. Il est dès lors également difficile de séparer le bon grain de l’ivraie : chaque mesure est sujette à de nombreuses options et variantes qui satisferont les uns et mécontenteront les autres.

La Belgique est le pays des institutions européennes. Il est l’un des États fondateurs de l’Union européenne (UE) et les avantages pour la Belgique d’être membre de cette Union sont énormes sur de multiples plans. Grâce à cette évolution, nous avons pu effacer les frontières physiques qui nous lient à la France, à l’Allemagne, aux Pays-Bas et au Grand-Duché du Luxembourg. Un résident belge sur trois vit à moins de 50 kilomètres d’une frontière nationale. Nous sommes donc tous un peu « frontaliers ». Ces régions frontalières sont heureusement devenues des régions eurégionales avec un mode de vie commun sans ressentiments nationalistes. Quel bonheur et quelle réalisation historique !

Coordonner nos stratégies nationales

Il y a six semaines, beaucoup de pays membres de l’UE – parmi eux la Belgique, le Luxembourg et la France- ont décidé de mettre en place des contrôles stricts le long des frontières. Ce qui, au départ, semblait proportionné aux yeux des États membres pour des raisons sanitaires et de différences dans la mise en œuvre des mesures de protection dans les pays voisins, n’est aujourd’hui plus donné, puisque tous les pays voisins ont élaboré et mis en œuvre des mécanismes similaires en matière de protection de la santé. Ils ont par ailleurs eux aussi entamé leurs stratégies de déconfinement.

À cet égard, la société s’étonne du manque de concertation et de coopération entre pays voisins afin de mieux coordonner les stratégies de déconfinement pour finalement ouvrir nos frontières.

Comment expliquer, par exemple, qu’il est permis aux citoyens d’accueillir des amis ou de la famille chez soi, mais que ceci ne sera pas possible pour les membres de familles qui vivent à quelques kilomètres au-delà de nos frontières ?

Est-ce bien légal ?

Par ailleurs, les gouvernement se doivent de répondre aux questions concernant la légalité des mesures aux frontières : nous avons souscrit, en tant qu’État membre de l’Union européenne, à des principes juridiques clairs selon lesquels les contrôles temporaires et les restrictions d’entrée aux frontières intérieures doivent être justifiés, appropriés et proportionnés. Est-ce bien le cas ? En outre, il est essentiel de limiter la durée des contrôles aux frontières au minimum nécessaire. Sont-ils encore justifiés ? Ainsi, les critères objectifs en vertu desquels les mesures sont ou devraient être maintenues aux frontières doivent être démontrés de manière transparente.

Les nombreux frontaliers belges, luxembourgeois et, nous, résidents des régions frontalières ont besoin d’une perspective. Pour les frontaliers, le franchissement d’une frontière n’est pas une situation exceptionnelle, mais leur vie quotidienne – professionnelle, récréative mais surtout familiale. Ce qui sera permis à l’intérieur de la Belgique, du Luxembourg ou en France, devrait aussi l’être au-delà des frontières. L’Europe a sauvé la génération de nos parents. C’est à notre génération de sauver l’Europe d’aujourd’hui